Le smartphone, fossoyeur des caméras ?

 

Dazzl, dont le succès repose sur l’utilisation de smartphones comme outil de travail par des journalistes reporters d’images (JRI) et citoyens reporters, est l’illustration parfaite d’un monde des médias en pleine mutation, où les outils techniques traditionnels telles que les caméras de télévision professionnelles sont de plus en plus délaissés au profit d’appareils mobiles tels que de simples smartphones.

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Crédit image : MMckein, pixabay

Parmi les précurseurs de ce changement des mentalités dans le milieu du journalisme en France, il y a BFM Paris. En effet, depuis novembre 2016, la chaîne de télévision parisienne a choisi de délaisser les caméras de télévision traditionnelles au profit de smartphones pour équiper ses reporters (1). L’avantage de cet outil pour les journalistes qui vont chercher l’information sur le terrain ? Plus de mobilité pour être au plus près des lieux qui font l’actualité, plus de souplesse sur les plans à filmer, plus de rapidité dans le tournage et le montage vidéo, mais aussi plus de proximité avec les sujets filmés, ces derniers étant moins intimidés d’être filmés par un smartphone que par une caméra professionnelle. Avec un smartphone, les journalistes deviennent de véritables « passe-partout » de l’information.

Mais il n’y a pas que dans le journalisme que le smartphone bouscule les normes. Il est déjà étonnant de voir des professionnels du journalisme opérer une telle révolution de leurs méthodes de travail. Mais il l’est encore plus de voir que l’usage professionnel du smartphone fait son chemin au sein d’une autre profession, au sein d’un autre monde où l’on croyait la caméra « reine indétrônable ».  Il s’agit du monde… du cinéma !

En effet, le cinéma se met également à utiliser des smartphones pour tourner. Et qui aurait pu imaginer que les professionnels du septième art se dotent un jour de smartphones plutôt que de caméras pour réaliser documentaires, films, reportages et autres court-métrages ? C’est pourtant une réalité aujourd’hui. Ainsi, Michel Gondry, réalisateur de renom oscarisé en 2005 pour le scénario de son film « Eternal Sunshine of the Spotless Mind », a réalisé son dernier court-métrage en n’utilisant aucune caméra classique, à l’aide uniquement de smartphones (2). Les raisons d’un tel changement ? Là encore on retrouve les arguments évoqués par les journalistes séduits par l’usage professionnel du smartphone : plus de légèreté, plus de spontanéité, et à moindres coûts de réalisation.

« Plus d’un Français sur deux possède un smartphone » (3)

Mais alors, pourquoi maintenant ? Le smartphone n’est pourtant pas un objet si « nouveau ». En revanche, son usage s’est massivement généralisé. Aujourd’hui, en France, le smartphone est devenu un véritable objet de consommation de masse. En 2015, un seuil significatif est franchi : plus d’un Français sur deux possède un smartphone (3). Avec le smartphone, l’ère du temps est définitivement à la mobilité.

Et au fil du temps, la généralisation de son usage va de pair avec l’amélioration continuelle de ses performances techniques. La qualité d’image et de son que ces appareils peuvent fournir ne cesse de progresser, tandis que de nombreux accessoires (trépied, stabilisateur, zoom optique, microphone externe) viennent parfaire ce rendu audiovisuel, sans oublier l’essor d’applications mobiles qui permettent différents réglages techniques de son et d’image de plus en plus poussés.

Bref, la qualité audiovisuelle des vidéos captées depuis des smartphones est en progrès perpétuel, au point de se rapprocher de plus en plus des performances des caméras de télévision traditionnelles. Bien sûr, ces dernières ne sont encore loin d’être détrônées par les smartphones d’un point de vue qualitatif. Mais si l’on considère leur rapport qualité/prix et qu’on y ajoute toute la flexibilité que permet le smartphone à son utilisateur, entre les deux, il n’y a pas photo !

Les exemples de réalisations journalistiques et cinématographiques à l’aide de smartphones sont de plus en plus nombreux, ce qui est révélateur d’une nouvelle génération où la simplicité et la flexibilité d’usage  des objets numériques touchent tous les pans de la société, au point de faire de la révolution technologique que nous vivons actuellement, celle du « tout numérique », un vecteur de changement de modes de consommation, voire même de changement de mentalités au sein de certaines professions, ouvrant des perspectives nouvelles de réalisations originales.

Qui plus est, la maîtrise technique d’un smartphone pour filmer une vidéo est beaucoup plus rapide et simple que celle d’une caméra professionnelle. Les smartphones offrent donc le moyen à des amateurs éclairés du journalisme ou du cinéma de faire valoir la singularité de leur regard en réalisant du contenu vidéo de qualité et à moindres coûts.

Alors le smartphone n’est peut-être pas encore le véritable fossoyeur de la caméra, puisqu’il ne la remplace qu’encore très marginalement dans les milieux du journalisme et du cinéma. En revanche, il est certain qu’il ouvre de nouvelles perspectives en décloisonnant le monde professionnel du monde amateur de la réalisation vidéo, comme en témoigne la tendance grandissante au « mobile journalism ». Mais le bouleversement des standards techniques du journalisme et du cinéma ne prophétise pas pour autant la mort d’une profession ou même d’un outil de travail, bien au contraire. Les professionnels du journalisme comme du cinéma pourront toujours faire valoir leurs compétences de réalisation en montrant au public leur talent pour raconter des histoires de par le contenu qu’ils choisissent de filmer et la façon de le filmer, avec toute l’originalité et la singularité de leur regard de professionnel.

« Journalistes comme cinéastes sont avant tout des créateurs, peu importe l’outil qu’ils utilisent »

De même, l’usage d’une caméra garde une saveur particulière notamment chez les amoureux du septième art et il est peu probable de voir ses adeptes la mettre au grenier définitivement. Plutôt qu’une substitution à la caméra, que ce soit pour du journalisme comme pour du cinéma, le smartphone pourrait plutôt se concevoir comme une alternative, une solution complémentaire qui pourrait s’utiliser pour certains projets particuliers au budget plus réduit et pour capter des angles de vue bien particuliers. Enfin, pour ceux qui verraient en l’essor du smartphone une menace au professionnalisme des journalistes et cinéastes, n’oublions pas que plus que des réalisateurs de contenu audiovisuel, journalistes comme cinéastes sont avant tout des créateurs, peu importe l’outil qu’ils utilisent. C’est cette capacité à créer qui fait leur valeur plus que leur capacité à maîtriser un outil de filmage vidéo.

Et vous, vous êtes plutôt smartphone ou caméra ?


Sources :
(1) « Les 10 commandements de la télé de demain », TéléObs, 26/03/2017, teleobs.nouvelobs.com
(2) « Le smartphone est-il sur le point d’enterrer les caméras ? », Boris Manenti, 22/06/2017, o.nouvelobs.com
(3) « Plus d’un Français sur deux possède un smartphone », Romain Gueugneau, 27/11/2015, LesEchos.fr

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